Editorial
Avec ce deuxième Axiales en ligne nous poursuivons notre projet de mise en perspectives critique de l'actualité sciences/société et d'information sur nos activités.
Vos commentaires et vos suggestions seront les bienvenus.
Nous avons déjà parlé des fichiers, c'était à propos d'EDVIGE et de la mobilisation qui a concouru à son retrait. Le récent rapport de la CNIL (commission nationale Informatique et Libertés) met en évidence leur croissance, ainsi que l'extension du phénomène à la vidéosurveillance - les déclarations de ces systèmes sont passées de 2 588 en 2008 à 3 054 en 2009. En ce domaine, les protestations d'associations sont suffisamment vigoureuses pour conduire des responsables politiques à essayer de rassurer à propos de l'innocuité de cette technique, et à le traduire en renommant l'opération. C'est ainsi que la loi du 6 mai 2010 parle de vidéoprotection, ce qui est une version affadie de la proposition faite par un député, en 2008, de parler de vidéotranquillité! Les auteurs de ces innovations linguistiques ont été les gagnants du Big Brother Awards France, mention novlangue.
On se souvient que Georges Orwell voyait dans l'appauvrissement et la stéréotypie de la langue («le caractère rebattu des images et le manque de précision») le témoin d'une situation politique plus générale («Quand l'atmosphère générale est mauvaise, le langage ne saurait rester indemne», La politique et la langue anglaise, 1946). On pourrait convoquer également Victor Klemperer ou Norbert Elias. L'un à propos de la langue du IIIe Reich (Lingua Tertii Imperii, LTI), l'autre sur de plus longues périodes, ont montré comment la langue utilisée est une manière de penser les modes d'insertion dans les tissus sociaux et, ce faisant, d'affecter les conduites. Ainsi, la langue inventée est-elle un moyen de développer un contrôle social sévère, qui est parfois opéré par les contrôlés eux-mêmes avec leur assentiment mais qui, le plus souvent, est douloureusement infligé.
Si la peur du contrôle a été ravivée à propos de Facebook, la question présente des différences, parce que ceux qui s'y inscrivent consentent explicitement à y figurer, en mots et en images - alors que la vidéosurveillance est parfois consentie, mais aussi imposée. Deux mouvements apparemment opposés se rencontrent sur Facebook. Récemment, les traces laissées sur internet et notamment l'intrusion dans la vie privée étalée sur ce site ont été mises en exergue. Cette peur du contrôle peut être analysée comme un compromis entre la peur ressentie et dénoncée et une certaine acceptation de la situation. Car, en sens inverse, l'un des rôles principaux du site n'est-il pas de mettre en scène tous ceux qui veulent bien s'y prêter, s'y montrer avec ses «amis», faire des émules, etc.? L'inscription sur Facebook donne l'illusion d'être visible et c'est la raison pour laquelle certains, qui ne sont pas si dupes, s'y avancent masqués. Mais au plus grand nombre, cette inscription n'offre-t-elle pas l'opportunité de se conformer à une stéréotypie des images et de la langue?
Se montrer/se cacher offre les deux faces d'une même question: si l'on se montre, ne risque-t-on pas d'être contrôlé par les «autres», par les institutions, par les manipulateurs de tous bords, etc.? Mais si l'on se cache, comment faire société, vivre avec les proches et les différents, et comment faire en politique, dans la vie professionnelle, dans la vie associative, etc. si on ne montre pas son visage et si on ne prend pas la parole?
Michèle Descolonges
Présidente
Pourquoi se compliquer la vie avec la biodiversité?
Nous sommes en l'an 2010, dédié entre autres causes à celle de la «biodiversité» ou diversité biologique. On en parle beaucoup, il paraît que 60% des Français savent ce que c'est et tout le monde est d'accord sur le fait qu'il faut absolument la «préserver». Préserver de quoi?
C'est ici que les choses se compliquent, car pour certains il est question de protéger des espèces - animales et végétales - en voie d'extinction, pour d'autres de préserver l'ensemble des espèces vivantes car la menace principale réside dans de trop fortes fluctuations des volumes de populations avec risque de perte d'équilibre des écosystèmes (ou des habitats), et pour d'autres enfin, l'important est de sauvegarder la diversité des ressources génétiques, c'est-à-dire la richesse du patrimoine génétique de chaque espèce, qui permet les variétés morphologiques, fonctionnelles, de rythmes de croissance, etc.
Les spécialistes, notamment les biologistes, estiment qu'il faut agir sur ces trois enjeux en même temps. D'où une définition très complète, celle de l'union internationale pour la conservation de la nature (UICN), donnée dès 1988: «La diversité biologique, ou biodiversité, est la variété et la variabilité de tous les organismes vivants. Ceci inclut la variabilité génétique à l'intérieur des espèces et de leurs populations, la variabilité des espèces et de leurs formes de vie, la diversité des complexes d'espèces associées et de leurs interactions, et celle des processus écologiques qu'ils influencent ou dont ils sont les acteurs». Pour simplifier: «la totalité de toutes les variations de tout le vivant» (Edward O. Wilson, inventeur du mot biodiversity).
La difficulté commence avec l'identification des espèces, à un double niveau: qu'est-ce qu'une espèce? Combien y a-t-il d'espèces distinctes, en tout et par grand règne?
L'ensemble des vivants est depuis peu classé en cinq ou six règnes: les bactéries, les protistes, les champignons, les plantes, les animaux (1969); d'un côté les bactéries et de l'autre le reste: protozoaires, chromistes, champignons, plantes, animaux (1998).
La variété des métabolismes des seules bactéries est plus élevée que celle de l'ensemble des autres vivants. Les bactéries (dont la taille avoisine le millième de millimètre) sont en nombre vertigineusement élevé. Par exemple tout corps humain contient dix fois plus de cellules bactériennes que de cellules humaines: 1012 bactéries habitent la peau, 1010 la bouche et 1014 l'intestin. On estime qu'on ne connaît pas le millième de leurs espèces. Mais peut-on parler d'espèce pour des organismes qui peuvent échanger des gènes en quelques minutes et se reproduire à l'identique ou avec d'infinies variations durant des milliards de générations?
Pour les animaux le critère principal de délimitation d'une espèce est l'inter-fécondité entre ses membres. Mais cela ne vaut plus pour les plantes, qui peuvent se greffer entre espèces. De plus, les variétés entre plantes sont nettement supérieures à celles entre animaux, aussi lorsqu'on compte 500.000 espèces d'arthropodes pour 300.000 espèces de plantes, la comparaison est-elle fort hasardeuse. Que dire des protistes (unicellaires à noyau = eucaryotes), regroupement hétéroclite (certains se nourrissent comme des animaux = protozoaires, d'autres comme des plantes = protophytes, d'autres comme des champignons = levures), avec une estimation qui va de 30.000 à 70.000 espèces connues et un million d'espèces probables? Quant aux champignons (fungi), il semblerait que leur taxonomie n'est pas bien nette puisqu'on trouve des estimations allant de 70.000 à 300.000 espèces répertoriées, et qu'on suppose qu'il en existe plus d'un million.
Ajoutons que, en vertu de la théorie de la «descendance avec modifications» (la théorie de «l'évolution» de Darwin), des espèces ne cessent d'apparaître et de disparaître (à diverses échelles de temps, bien sûr: la durée moyenne de vie d'une bactérie couvre une vingtaine de nos minutes, celle de certains arbres des milliers d'année voire des dizaines de milliers d'années si on s'en tient à leurs racines).
Nous voyons donc qu'il n'y a pas de réponse satisfaisante aux questions: 1° qu'est-ce qu'une espèce? 2° combien en existe-t-il? Par conséquent, limiter la question de la protection de la biodiversité à celle de l'empêchement ou au ralentissement de leur disparition relève de l'utopie.
Oui, mais, objecteront les promoteurs du «stop à la perte de biodiversité», quoi qu'il en soit de nos connaissances sur les espèces et quelle que soit la manière de les définir, nous constatons que le rythme des extinctions d'espèces est 100 à 1000 fois élevé durant les dernières décennies que durant les millions d'années qui ont les précédées. Nous aboutissons alors aux listes rouges établies par l'UICN1. assorties de ce cri d'alarme: «Les preuves s'accumulent sur la sévérité de la crise d'extinction que nous traversons». L'ennui est que, étant donné les immenses lacunes de nos connaissance sur l'ensemble des vivants, ce rythme vaut pour les espèces qui nous sont familières, soit par leur proximité (les mammifères), soit par l'intérêt que nous y portons (oiseaux, certains arthropodes, certaines plantes). On ne peut pas ignorer cette alarme, mais la question est: «extinction de quoi?» ou plus exactement «perte de quoi?»
Si l'on en revient aux définitions de la biodiversité, et notamment à celle de l'UICN, nous pouvons insister sur deux termes: «variabilité» et «interactions».
S'il y a une réduction dans la capacité des vivants à varier, la variété de leurs interactions de tous ordres va aussi diminuer, par suite les communautés qu'ils composent vont s'appauvrir et les écosystèmes qu'ils peuplent vont être plus fragiles. Comme le dit vigoureusement Pierre-Henri Gouyon2: «La crise actuelle de la biodiversité n'est pas tant due à l'extinction de certaines espèces qu'à la défaillance d'une dynamique à toutes les échelles, pas seulement au niveau des espèces. Il s'agit donc de revoir entièrement la façon dont nous gérons nos environnements. Ce n'est pas en essayant de sauver les espèces une par une que l'on pourra redonner à cette dynamique un aspect positif.» Il enfonce le clou à propos du projet Svalbard - qui consiste à mettre des graines de toutes les variétés cultivées du monde dans un réfrigérateur: «On est en train de fabriquer un vaste cimetière souterrain de biodiversité. [...] Penser qu'on peut, pour des raisons économiques à court terme, dévaster toute la diversité vivante des plantes cultivées et ne garder, en assurance, que des graines mortes dans un frigo est une attitude fixiste, issue de la vision du monde du XVIIIe siècle. Une vision qui ignore l'aspect dynamique de la biodiversité et qui, de ce fait, ne possède aucune durabilité.»
Si nous voulons donner un contenu (social, politique, économique, technologique, etc.) à l'idée de «protection de la biodiversité», il vaut mieux nous donner des buts qui sont tous liés aux aspirations et désirs des humains, les seuls qui nous soient accessibles. Maintenir la richesse de la biodiversité ce peut être pour nous:
Maintenir intact ou restaurer notre sentiment d'appartenance à la biosphère, en évitant de nous croire coupés du reste du monde (par notre culture, notre puissance technique, nos manières de vivre) et le sentiment de désorientation angoissée et d'agitation frénétique qui résulte de cette coupure;
Mieux utiliser les ressources (alimentaires, sanitaires...) fournies, à nous-mêmes comme aux autres vivants, par l'ensemble des communautés de vivants, en veillant à ne pas tarir ces ressources, ce qui serait «tuer la poule aux oeufs d'or»;
Pouvoir jouir de la beauté de cette diversité, qui contribue à notre capacité à appréhender aussi la beauté des diverses communautés humaines;
Comprendre que le mutualisme, la symbiose, la cohabitation pacifique, la coopération apportent sans doute plus à la plénitude et à la diversité de notre vie humaine que la compétition en vue de gagner des «parts de marchés» ou, plus profondément, en vue d'asservir d'autres populations pour jouir d'une illusoire toute-puissance.
Tout le monde est capable, moyennant un minimum d'information et de réflexion sur l'unité-et-diversité dynamique de la biosphère, de comprendre la portée de tels enjeux, qui visent tous, et simultanément, à enrichir les interactions entre humains, entre humains et autres vivants, et entre vivants entre eux. Voilà pourquoi nous devons nous compliquer la vie en nous souciant de la biodiversité.
Michel Juffé
Philosophe, conseiller du vice-président du conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer.
Le scientifique, le climat et le politique
Publié avec l'autorisation de son auteur, cet article est paru dans Libération du 8/04/10, à propos de la pétition des climatologues
Indépendamment de la validité ultime des arguments échangés par les "carbocentristes" et les "climato-sceptiques" dans la controverse sur le réchauffement climatique, la pétition adressée par plusieurs centaines de chercheurs en climatologie à leurs autorités de tutelle ouvre, de l'intérieur, une brèche sans précédent dans la défense de l'autonomie intellectuelle qu'a toujours revendiquée le milieu scientifique. Que les signataires jugent nécessaire de faire appel aux pouvoirs politiques et administratifs pour conforter leurs positions revient à reconnaître le manque d'indépendance qui leur est reproché par leurs adversaires, et qui obère la fiabilité des travaux du GIEC, organisme d'experts gouvernementaux. La "communauté" des climatologues marque un but (de plus) contre son propre camp.
Quelle que soit la violence du débat et l'inévitable mauvaise foi qui l'accompagne chez certains interlocuteurs de part et d'autre, cet appel inédit au pouvoir politique pour intervenir dans un débat scientifique est masochiste. Comment les signataires ne voient-ils pas qu'ils font cadeau à leurs adversaires d'un argument massue en leur conférant la palme du martyre et en leur donnant l'aura d'un Galilée injustement persécuté par les institutions de son temps? Les tenants de la position (encore) majoritaire ne sauraient au demeurant revendiquer l'exclusivité de la préoccupation éthique. Comme vient de le démontrer Henri Atlan, insoupçonnable sur ce plan, une application abusive du principe de précaution fausse les évaluations scientifiques et conduit, pour «sauver la planète» demain à négliger aujourd'hui d'aider le grand nombre des humains qui y vivent si mal.
Ne faudrait-il pas commencer par reconnaître, avant que de prendre un ton de vertu offensée, que le «pacte moral qui lie chaque scientifique à la société» a été depuis quelques décennies largement écorné par le comportement même des scientifiques, aussi sujets que tout autre milieu professionnel à la fraude (affaires Schön, Hwang, etc.) et au plagiat (conflit Gallo-Montagnier, etc.) et plus généralement par l'assujettissement croissant de la science aux intérêts économiques?
Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien et épistémologue
Professeur émérite de l'université de Nice-Sophia Antipolis
Deux amis s'en sont allés
Il y a des semaines désastreuses, telle celle du 18 au 25 avril 2010 où la science et la culture scientifique ont perdu deux acteurs talentueux et l'ASTS deux amis.
Evry Schatzman était un grand savant au sens le plus fort du terme, le créateur de l'astrophysique théorique en France comme l'a écrit Jean-Claude Pecker dans «le Monde» du 30 avril. Etudiant à Normale Sup en 1940, les lois anti-juives du gouvernement de Vichy l'obligent à quitter la capitale (son père est mort à Auschwitz). Avec sa jeune épouse, il trouve refuge à l'Observatoire de Haute Provence où il découvre la science dans laquelle il s'illustrera par la suite. Chercheur brillant, Evry Schatzman est également enseignant: premier titulaire de la chaire d'astrophysique à la Sorbonne, il a beaucoup œuvré au développement de l'enseignement de cette discipline en France et à l'étranger.
Loin du savant «enfermé dans sa tour d'ivoire», Schatzman était un militant: secrétaire du Syndicat national de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, il a été pendant plusieurs décennies Président de l'Union Rationaliste. C'est dans le cadre de ces fonctions que j'ai eu le grand plaisir et l'honneur de le connaître. Il était toujours disponible pour enseigner l'astronomie et l'astrophysique aux enfants et aux adolescents et défendre la culture scientifique. Il était d'une très grande gentillesse et doté d'un humour très fin et très malicieux.
Nous avons perdu aussi Denis Guedj, homme de ma génération et un ami. Né à Sétif, la ville où Ferhat Abbas était pharmacien, c'était un «pied noir de gauche» comme le dirait Guy Bedos. Venu en France assez tôt (en 1956, je crois) il commence par faire des études de mathématiques et par les enseigner, après 1968, à l'Université de Vincennes, devenue plus tard Paris VIII. Eclectique, multi talents, il fait du théâtre, des films et se réoriente vers l'histoire des sciences. En 1998, Denis publie une histoire des maths sous la forme de roman d'aventures, «le Théorème du Perroquet». Un peu Indiana Jones chez Euclide. Un triomphe. A ma connaissance c'est le seul exemple d'un historien des sciences se faisant de l'argent grâce à un livre. Je me souviens de sa conférence à Brest: un amphi plein, des spectateurs - professeurs comme élèves - ravis d'entendre parler de cette façon. Il a récidivé avec «les cheveux de Bérénice» et «Zero». Une pièce de théâtre «One zero show» qu'il nous a jouée au Salon d'Ivry. Le problème de la mesure et la grande aventure du Système Métrique l'ont également inspiré.
Un anti-conformiste, doté lui aussi d'un humour rafraîchissant.
Jean Rosmorduc
Hommage à Jean Gagnepain
Jean GAGNEPAIN, directeur du Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon à Quinson dans les Alpes de Haute-Provence, est mort mercredi 19 mai 2010 à la suite d'un accident vasculaire cérébral massif. Il était responsable du conseil scientifique de l'ASTS-PACA.
Jean, conservateur du musée était préhistorien, chercheur et «trouveur». Homme de grande culture, il était animé d'un souci: partager le savoir. Comme la plupart des vrais scientifiques, il était d'une grande retenue.
Facétieux à ses heures, bon vivant, d'une amitié discrète, mais présente.
Lors de l'hommage public qui lui a été rendu le 21mai, Henry-Louis Taylor, président de l'ASTS-PACA, a dit:
«L'esprit humain, c'est l'infini possible». Victor Hugo
Jean a dit en conclusion du Forum Sciences et Citoyenneté «Les Horizons du savoir», organisé par l'ASTS-PACA au Conseil Régional en novembre 2007:
«À son tour, notre civilisation va contrecarrer la sélection naturelle brute (l'élimination des faibles), qui n'est plus vraie dans les civilisations humaines.
Un groupe de personnes qui prendrait des positions contraires à ces bases de morale et d'humanisme se mettrait en dehors du règne des hommes, se remettrait au niveau de l'animal, sortirait de la civilisation.
Celle-ci est donc définie scientifiquement et moralement par un humanisme, une entraide, par l'aide aux plus faibles et des notions de solidarité.
C'est une réalité démontrée par l'évolution d'une espèce, que l'on appelle humaine, et qui est aujourd'hui, l'homo sapiens. Celui qui va contre ces règles pour réimposer des critères de hiérarchie entre les hommes par la couleur de peau, la religion, etc. et qui préconise une élimination physique ou une mise à l'écart d'autres hommes selon quelque critère que ce soit, se met à l'écart et en dehors de la civilisation.
Voilà comment nous sommes revenus à un cadre scientifique théorique pour expliquer tout cela. Il y a une lutte de vitesse. Le XIXe siècle a été l'apogée du matérialisme et aujourd'hui, il y a une démolition de ses trois fondements:
Darwin sur le plan du vivant, Freud sur le plan des sciences humaines et Marx sur le plan de la socio-économie et de l'idéologie.
Marx est systématiquement associé aux régimes totalitaires qui se sont réclamés de lui, Freud est attaqué de toutes parts (on l'a encore vu très récemment) et Darwin l'est par des remises en cause régulières de la théorie de l'évolution, qui est pourtant la seule loi qui explique entièrement le vivant.
Il ne faut pas confondre les résultats et la pensée des scientifiques avec l'utilisation qui en est faite à des fins idéologiques, militaires, politiques ou autres.
Il faut laisser chaque chose à sa place.
Que les scientifiques soient vigilants et n'hésitent pas à réagir».
Hugo écrit également "La science est l'asymptote de la vérité; elle approche sans cesse et ne touche jamais, et pourtant l'infini est une certitude".
Conclusion
Jean tu resteras une magnifique certitude!
Henry-Louis Taylor, Président Régional de l'ASTS Paca
Nos prochaines manifestations: focus sur «Corps réparés»
Le thème de la 6e édition du Salon d'Histoire des sciences et des techniques est «le Corps Réparé».
Dans l'esprit de la commission responsable il ne s'agit pas de restreindre le sujet aux «caractéristiques mécaniques» et anatomiques du corps humain. Nous savons d'une part, qu'en ce qui concerne l'être humain, les dimensions anatomiques et organiques sont le plus souvent étroitement liées aux composantes psychologiques et neurologiques. D'autre part, les avancées scientifiques relatives à l'observation dans ces domaines interagissent avec celles des connaissances scientifiques dans d'autres disciplines: optique, chimie, etc. De plus les soins de santé se pratiquent dans une société donnée. Les croyances, les recettes traditionnelles... influencent les comportements des individus face aux maladies et aux maux divers. Selon le degré de structuration des sociétés, des organismes de santé sont parfois créés par l'organisation politique des dites-sociétés, c'est-à-dire par l'Etat. A un niveau socialement supérieur, il peut fonder des dispositifs de santé collectifs... Actuellement, les progrès récents de la biologie et de la génétique laissent entrevoir des perspectives sur les améliorations qui pourraient être appliquées au corps et au cerveau humain.
Tous ces aspects seront abordés au cours du Salon, dans une perspective historique comme ce fut le cas les années précédentes. De quelles formes de médecines empiriques sommes-nous les héritiers? Quels ont été les apports de la rationalisation grecque, ceux de l'Ecole d'Alexandrie, ceux des médecins arabes puis chrétiens du Moyen-Age? Quid de la Renaissance, de l'anatomie d'André Vésale, des pratiques chirurgicales d'Ambroise Paré? Quels changements au XIXème, notamment ceux qui sont dus à «la Révolution
Pastorienne»? Quels bouleversements au XXème: les techniques d'observation empruntées à la physique et à la chimie; les nouveaux médicaments, particulièrement les antibiotiques; les virus; les dangers à venir: les virus émergents; les avancées de la neurophysiologie.
Davantage encore que les sciences de la matière, la médecine du corps et de l'esprit est tributaire des bouleversements affectant les sociétés, que leurs causes soient matérielles ou sociales.
Cela vaut notamment pour le rôle de l'Etat qui peut - ou non - mettre en place une politique de santé favorisant l'intérêt général. A citer par exemple la création d'un dispositif hospitalier dans l'Empire des Califes. A citer aussi la politique menée en France après 1945, en application du programme du Conseil National de la Résistance, par le gouvernement présidé par Charles De Gaulle. A citer à contrario les opérations du gouvernement Sarkozy, qui menacent les hôpitaux publics comme d'ailleurs la Sécurité Sociale.
Jean Rosmorduc